Des canuts insurgés au « socialisme scientifique »

lundi 5 janvier 2026

Voici le troisième et dernier chapitre lyonnais de notre histoire de l’industrialisme. Les canuts se révoltent en novembre 1831 pour le « tarif minimum », leurs drapeaux noirs exhibant leur terrible devise, « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ». Échec et nouvelle révolte en avril 1834, instiguée en sous-main par les républicains. Ces deux insurrections signent l’acte de naissance du mouvement ouvrier en tant qu’il est conscient de ses intérêts propres, et qu’ils s’opposent à ceux des « fabricants », leurs employeurs, bientôt nommés « le Capital ».

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Deux décennies durant, Lyon est le centre du radicalisme ouvrier qui se cherche un nom et une doctrine : babouvisme ? socialisme ? communisme ? anarchie ? Patrons artisans, ouvriers lettrés et raisonneurs, en débattent dans leurs sociétés et leurs journaux. Les canuts n’étaient pas des briseurs de machines comme leurs collègues de Vienne (Isère) en 1819, ou les luddites anglais des années 1811-1813, ou encore les Bruxellois de la « Révolution nationale » de 1830 ; mais des syndicalistes à main armée. Des machines, ils en avaient, ils en usaient, ils les perfectionnaient. Ce sont elles qui ont eu le dernier mot et la peau de ceux qui avaient cru s’en servir au lieu d’y être asservis.

1848 marque deux catastrophes. La publication du Manifeste du Parti communiste en février, en allemand, et à Londres, plagiat éhonté du Manifeste de la démocratie de Considerant (1843), annonce la mainmise des « socialistes scientifiques » sur le mouvement ouvrier international ; tandis qu’à Paris, les massacres de Juin (4 000 morts) écrasent la dernière insurrection avant la Commune de 1871. Les deux classes émergentes de la « révolution industrielle », bourgeoisie financière et bourgeoisie technicienne, l’avoir et le savoir, la banque et la technocratie, la droite et la gauche machinistes asservissent le pouvoir d’État - le gouvernement, l’administration, l’armée - à l’expansion de leur puissance. C’est ce moment de bascule qui est ici évoqué.

Le chapitre 18 de notre série Bleue comme une orange est ici : Lyon, 1830-1848 : Des canuts insurgés au « socialisme scientifique »
Illustration : 1830, les Parisiens inventent la barricade, ici rue Saint-Antoine (Anonyme)

Les chapitres précédents sont à lire ici :

Chap. 17 : 1831-1834 : les femmes aussi
Chap. 16 Lyon, 1830-1834, chef-lieu de l’industrialisme
Chap. 15 : Saint-Simon, l’ingénieur-prêcheur de l’industrialisme
Chap. 14 : L’industrialisme : une histoire belge
Chap. 13 : L’Ecosse passe à l’orange - Les Lumières écossaises théorisent l’industrialisme néerlandais
Chap. 12 : 1688 : l’Angleterre passe à l’orange
Chap. 11 : Du café du commerce aux « Lumières hollandaises » - et de la tolérance au développement séparé (apartheid)
Chap. 10 : L’éthique catholique et l’esprit du capitalisme.
Chap. 9 : Les huguenots à la conquête du (Nouveau) Monde
Chap. 8 : Jean Calvin et l’esprit de l’industrialisme
Chap. 7 : Premières scissions dans l’église.
Chap. 6 : Quand les bourgeois flamands inventaient la Commune.
Chaps. 4 & 5 : L’entrepôt général de l’univers et la révolution flamande.
Chaps. 1, 2 & 3 : Vues générales, orangisation agricole et lutte contre les eaux.