Le beffroi de Saint-Sauveur au compost

mercredi 6 septembre 2023

Le 26 avril 2019, une bande de goupils inaugure le Beffroi de Saint-Sauveur. Un doigt d’honneur érigé en direction de la mairie de Lille, depuis le Belvédère de la friche Saint-Sauveur, en signe de protestation devant la destruction de celle-ci par les promoteurs de l’immobilier.
Le 29 août 2023, la Lionne Martine Aubry tient sa revanche et le détruit sans scrupules. Pourquoi en aurait-elle ? Sponsor, depuis 23 ans de mandat, d’un art de haute technologie à vocation marketing, elle n’a pas démoli un chef-d’œuvre, mais un tas de bois entassé par des gueux.

Les artistes Modeste Richard, Clou et Rahan commencèrent de fabriquer un gigantesque doigt à l’occasion du festival Elnorpadcado, cette proposition culturelle contraire à « Lille3000 », et plus précisément pour le Festival International de Sculpture en Cagettes (le FISC). Les commentateurs leur trouveront des affinités avec l’arte povera des années 1960, art populaire d’avant-garde, minimaliste dans le choix des matériaux, et opposé à la société industrielle que célèbrent alors les artistes du Pop art. Palettes récupérées sur les chantiers, cagettes sur les marchés, quelques clous, et vafanculo !

Quatre ans plus tard, alors que les propriétaires de la friche Saint-Sauveur menacent d’expulser les squatteurs pour récupérer leur bien, nos goupils s’empressent d’enduire leur œuvre d’un torchis terre-paille du plus bel effet, selon la tradition locale, et néanmoins universelle, des murs montés avec l’argile trouvée sous ses pattes.

Cet affront de quatre ans fait à la mairie, aux promoteurs et à leurs artistes partenaires, devait périr sous les bulls. En même temps qu’elle détruisait notre doigt, la Ville restaurait pour 62 000 euros les tulipes en béton armé so pop du parvis d’Euralille. Les tulipes Shangri-la, réalisées par l’artiste préférée de la marque Louis Vuitton, du collectionneur Bernard Arnault, avaient été offertes à la Ville par le bétonneur Rabot-Dutilleul en 2004, celui-là même qui doit construire un complexe aquatique à l’endroit de notre Doigt déchu. Ironique, non ?

La vie est ainsi faite que les dominants écrivent l’histoire et dessinent l’esthétique de leur époque. Nous, nous avons déjà disparu, au compost. Voici le récit photographique de notre compostage sous surveillance policière. Mais nous nous reverrons bientôt.

Renart

ps : vous pouvez cliquer sur la première photo pour faire défiler le diaporama.

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