Après la menace écofasciste, la menace technofasciste. Avec le ralliement des grands noms de la tech à Donald Trump, l’idée jadis défendue chez certains écolos d’un « techno-fascisme » est réapparue, mais dévoyée, afin de distinguer la bonne industrie technologique (démocrate) de la mauvaise (républicaine-fasciste). On suggérerait plutôt que « Techno-fascisme » relève du pléonasme.
Jacques Ellul fonde la critique du système technicien (La Technique ou l’enjeu du siècle, 1954) sur l’étude de son caractère autoritaire : la délibération démocratique cède devant le pouvoir des techniciens. Or, le fascisme a pour caractère fondamental d’être anti-libéral, opposé au parlementarisme et aux agitations démocratiques des « corps intermédiaires » (assos, syndicats, partis, presse).
Si le système technicien est un régime autoritaire, à l’inverse le fascisme est fondamentalement technologiste. Contrairement aux âneries selon lesquelles un « retour à la terre » rapprocherait certains écolos des idées fascistes, fascisme et nazisme sont des gouvernements industrialistes. Les deux partis sont financés par leurs plus riches industriels nationaux.
Le fascisme italien invente l’autoroute (1924) et les futuristes chantent les louanges de l’automobile. L’Allemagne conquiert l’Europe non grâce à des troupes montées mais à sa puissance sidérurgique, chimique, aéronautique. Dans le cas français, l’historien du fascisme Robert Paxton définit la révolution nationale comme une « révolution bureaucratique » : « À son apogée, Vichy est l’œuvre d’un corps d’hommes de métier plus que de tout autre groupe social », celui des hauts fonctionnaires et des patrons d’industrie (La France de Vichy, Le Seuil, 1973).
La situation de la Tech américaine offre à Pièces et main d’œuvre de résoudre « la question décisive de savoir qui est révolutionnaire, qui résistant, qui réactionnaire, voire contre-révolutionnaire – et en fonction de quel critère. Où l’on débusque la réaction et la contre-révolution industrialistes. »